Mawazine, un déguisement !

Je vois dores et déjà les petits commentaires fouettant le titre de ce billet à coups de « Ce sujet est du mâché et remâché ! » ou encore « L’auteur doit vachement manquer d’inspiration pour parler encore de ça ! ». Et pourtant ! Je tiens à mettre mon petit grain de sel au sujet du Festival Mawazine de Rabat. Seize éditions réalisées, des millions de spectateurs et des têtes d’affiches et stars planétaires à faire pâlir les organisateurs du Festival Coachella. Tout ceci a bien un coût. Un coût dont l’obscénité m’est encore difficile à imaginer.

Je vous promets que je ne viens pas faire la morale sur le fait que Mawazine prend de l’argent du contribuable et qu’un festival d’une telle ampleur ne devrait pas avoir lieu dans un pays qui connaît encore des régions où les populations meurent de froid et où les femmes enceintes accouchent aux portes des hôpitaux par manque de place. Je vous promets aussi que je ne viens pas prêcher que c’est inadmissible que ce festival, bourré de musique occidentale aux paroles pas toujours adaptés au jeune public et de soirées arrosées, ait lieu à quelques jours du mois sacré de Ramadan.

Je ne dirais rien de tout cela car beaucoup en ont parlé avant moi et ont été souvent traités d’extrémistes ou d’adeptes de militantisme. Je vous prie juste de bien vouloir me lire jusqu’au bout.

Je vous avoue qu’à une époque, j’ai moi-même assisté à plusieurs concerts qui m’ont intéressée lors de ce festival. Il faut dire qu’à ce moment-là, j’étais encore assez naïve pour croire à du changement. Je n’étais pas la seule d’ailleurs à voir en ce festival aux allures de Woodstock, une lumière d’espoir pour une renaissance –ou plutôt un rattrapage- du domaine artistique et culturel au Maroc. Nous avons un patrimoine culturel très riche que nous envient plusieurs sociétés à travers le monde. Ceci-dit, le budget octroyé à notre cher ministère de la culture ne paye franchement pas de mine.

Quand on voit que Mawazine est organisé sous le haut patronage de la plus haute autorité du pays et est soutenu par les plus grands organismes dans la place Marocaine, on se dit que le vent du changement a enfin soufflé sur nous, marocains adeptes des arts et particulièrement de la musique. Quand je dis « de la musique », je ne parle pas uniquement du fait de s’enivrer à écouter de la pop en boucle sur Hit Radio. Je parle bien évidemment des musiciens, qui par manque de conservatoires et de moyens dans leurs villes, se coltinent les tutoriels sur YouTube. On pense déjà aux centres culturels équipés dans les quartiers, des cours de musique dans les écoles et de reconnaissance officiel de nos musiciens locaux. Bien entendu, rien n’a vraiment changé sur ce plan.

ياربي السلامة بداو يبانو شي عناصر فهاد موازين غير الله يحفض وصافي

Posted by ‎الحرية +18‎ on Monday, May 15, 2017

 

J’ai malgré tout tenu à y croire un petit moment. Il y’avait « Génération Mawazine », un concours en parallèle du festival, pour promouvoir la musique de la jeune scène marocaine et soutenir le produit local. Ça a tenu un moment, puis ça s’est volatilisé en 2014. Je tenais à croire que malgré le fait que nous n’ayons pas assez de centres de formations musicaux, nous croyons quand même aux talents innés et essayons de les propulser au-devant de la scène artistique, aux côtés des artistes internationaux qui se produisent lors du festival. De la poudre jetée aux yeux !

Je me suis mise à penser autrement ; comment pourrais-je vouloir d’un pays qu’il reconnaisse ses jeunes talents alors qu’il a déjà beaucoup de mal à reconnaître et à décorer ses « seniors », qui ont des parcours de combattants en tant qu’artistes et qui vivent à coup d’apparitions publicitaires et de performances dans des soirées privées ? Non pas que ces dernières soient une mauvaise chose, mais je considère qu’un artiste vaut beaucoup mieux que cela.

Tout ceci pour dire que finalement, le Festival Mawazine des Rythmes du Monde n’a jamais été un événement créé pour le citoyen marocain, mais plutôt pour une minorité. Celle qui peut se permettre des passes à quelques milliers de dirhams chacun. A ce qui paraît, ce festival a été créé pour des fins touristiques aussi. Les organisateurs auront beau clamé que c’est un événement qui fait vivre la capitale Marocaine et qui créé des emplois saisonniers, mais est-ce que cela vaut-il vraiment les 70 millions de dirhams versés à chaque édition ? Ne valons-nous pas mieux que cela ? A ce qui paraît aussi, ce festival a été créé pour faire découvrir au citoyen marocain les musiques du monde. Sérieusement ? Pensent-ils que nous sommes toujours aussi bêtes pour croire en ces bêtises ? A ce qui paraît, le Festival Mawazine a été nommé deuxième plus grand festival du monde en 2013. A quel prix ?

La musique et les arts en général relèvent d’une éducation avant tout. Qu’est-ce que je suis censée penser d’un pays qui organise un festival qui invite des stars planétaires pendant 10 jours pour une population dont la majorité ne comprend même pas les paroles des chansons ? Qu’est-ce que je peux déduire d’un pays qui accueille l’exposition des œuvres de Picasso (dans la même ville et pendant la même semaine que le festival d’ailleurs) pour une population dont la majorité n’a jamais mis les pieds dans un musée ? Je ne suis pas du tout contre l’organisation des manifestations artistiques, au contraire, j’encourage cela, mais en parallèle, il faudra penser à privilégier une bonne partie des budgets consacrés à ses manifestations, à l’éducation artistiques sous toutes ses formes. Permettre au citoyen marocain lambda d’accéder à ce type d’éducation.

Jeudi dernier, 2 parlementaires sur 359 ont voté « Oui » pour le transfert de 4% des budgets de dépenses vers le secteur de l’éducation. Deux personnes sur presque 400 ont voulu changer la donne.

On n’est pas sorti de l’auberge.

Une petite tasse de thé bouillante

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