Le Rif : Crédibilité en baisse

Le soulèvement du Rif est le sujet en vogue en ce moment : sur les réseaux sociaux, les forums, dans les bureaux entre collègues, au marché … Vraiment partout, sauf dans nos médias locaux officiels. Notre deuxième chaîne nationale a trouvé qu’il était plus opportun de parler de la saison des moussons au Sri Lanka que des manifestations qui ont lieu à travers le royaume et des affronts sanguinaires entre les citoyens et les forces de l’ordre.

Le sujet aujourd’hui pour moi ne tourne pas autour du « a raison ou pas » par rapport au citoyen marocain de la région du Rif, mais plutôt sur un souci de reconnaissance du problème. Il faut avouer que depuis que ces manifestations ont commencé à avoir de l’impact sur le reste de la société marocaine, chacun a dû le comprendre à sa façon : « Les gens du Rif expriment leur mécontentement suite à la mort du poissonnier à qui on a saisi sa marchandise », ou « Les Rifains contestent le manque d’un hôpital contre le cancer et d’une université dans leur région », ou bien « Ces gens-là veulent être gouvernés par l’Espagne, ce sont des séparatistes et des traîtres ! » et d’autres disent que ce sont toutes ces raisons en même temps. Rien que ça.

Venons-en au fait que cette situation ambigüe fait baisser considérablement la crédibilité de ce mouvement, car les crises ont souvent fait le lit des pires démagogies. Commençons par les crises. Ce sont celles de la bombe sociale dont la mèche se consume sous nos yeux depuis plusieurs mois sans que cela ne suscite une réaction politique ou une stratégie de notre gouvernement encore tout frais.

Un indicateur traduit à lui seul l’ampleur des exclusions, celui des NEETS (Not in Education, Employment or Training), ces jeunes qui ne sont nulle part, ni à l’emploi, ni à la formation, ni à l’école. Selon les chiffres avancés par un récent dossier de L’Economiste traitant sur le sujet (Edition N°4990 le 28/03/2017), ils sont près de 1,7 millions de jeunes entre 15 et 24 ans à être dans cette catégorie et 2,7 millions si on élargit aux 15 – 29 ans. C’est un sujet dont il faut s’occuper urgemment, Al Hoceïma ou pas. Il n’est même pas certain que la ville du nord soit la plus touchée par la crise, l’attitude du gouvernement n’aidant particulièrement pas à décrypter les vrais détonateurs, entre les hypothèses séparatistes et celles des déterminants sociaux. Calculé ou par hasard ? Je ne dirais rien.

Passons aux démagogies. Ce sont celles de Zefzafi, le meneur de l’activisme d’Al Hocaïma qui a su faire mouche dans un premier temps pour galvaniser les foules, en surfant sur le mécontentement populaire avec au passage une dose de religiosité pour empoisonner le climat. Passé maître dans l’art de détruire les réputations, il a nourri sa mobilisation de l’effet amplificateur d’internet où quiconque installé derrière son écran peut devenir un tribun séduisant ou un affabulateur-manipulateur.

Depuis vendredi dernier, son mouvement semble cependant dévier vers un inquiétant mécanisme, où les premières marches pacifiques sont en train de se transformer en prêcheries de mosquées, confisquées et conspuatrices, en caillassages des forces de l’ordre et attaques de symboles des institutions. Des actes qu’aucun Marocain ne peut cautionner. Le mouvement perd dès lors de crédibilité.

Une petite tasse de thé qui déborde

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