Retour au Maroc : Six mois après …

Le dilemme de rester en France ou de rentrer au Maroc est et restera un sujet d’actualité pour les étudiants marocains en France, pour les jeunes actifs qui travaillent en France, pour leurs familles et même pour ceux qui s’apprêtent à partir en France pour un long séjour. On aura beau peser le pour et le contre, on aura toujours l’impression de nous tromper. Parmi ceux qui sont partis en France, certains préfèreront ne pas prendre le risque et décideront de rester indéfiniment en France et rentrer au Maroc uniquement pendant les vacances. D’autres, décideront de tenter l’aventure et rentrer au Maroc pour voir ce que ça donnera. Il faudra juste savoir assumer les conséquences de chaque décision. Puis, il y’ a ceux qui n’ont pas eu le choix, comme moi.

Pour ma part, je savais très bien que je ne voulais pas rentrer. Pour plusieurs raisons liées à mon domaine de travail, à mon confort de vie et à ma liberté. Ça a l’air bien égocentrique dit comme ça et pourtant, mes raisons tenaient bien la route. Mon domaine de travail est lié à la presse et aux relations publiques, un domaine encore rarement encadré et bien rémunéré au Maroc. Étant artiste dans l’âme et musicienne, j’ai trouvé à Paris tout ce dont je rêvais en matière d’accessibilité aux concerts, aux pièces de théâtre et autres manifestations artistiques et culturelles. Je nourrissais une culture artistique de plus en plus riche. Enfin, à Paris, j’étais libre des jugements et des aprioris de la société. Je pouvais faire n’importe quelle activité quand, où et avec qui bon me semblait sans être visée du doigt ou accusée d’atteinte aux bons mœurs.

Toutes ces raisons m’ont laissée sûre de mes choix. Ceci-dit, pour des raisons personnelles, je me suis vue obligée de retourner au Maroc. Il n’y avait pas de détours ou d’autres solutions pour éviter cela, c’est un fait accompli avec lequel il fallait que j’apprenne à vivre. J’avoue que ce n’était pas facile à accepter aux premiers abords. Après tant d’années passées à l’étranger, je ne savais pas à quoi m’attendre concrètement une fois que je serais rentrée. Ma famille avait su me montrer que mon retour au pays était une excellente nouvelle et non un échec, une occasion de renouveau et de commencer une nouvelle vie.

Qui n’aime pas commencer une nouvelle vie, me diriez-vous ? Mais, qui aimerais commencer une nouvelle vie, quand on laisse derrière soi une vie qui était déjà très satisfaisante ?

J’avais espéré un retour en douceur au Maroc, prendre du temps pour moi, me reposer au soleil… mais j’avais changé d’avis très rapidement. Il m’a suffi de passer une seule journée seule à la maison pour en avoir déjà marre. J’avais arrêté de travailler à Paris deux semaines seulement avant mon départ pour le Maroc, et j’avais déjà envie de travailler. Beaucoup de choses latérales commençaient déjà à m’énerver : mon téléphone qui ne fonctionnait plus à cause d’un sois disant réparateur de téléphone qui était censé le débloquer pour une nouvelle carte SIM, les attentes interminables aux services publiques, la chaleur, la saleté, les transports en commun … Tout ça commençait déjà à me mettre hors de moi, mais je me contenais en me disant que je vais m’habituer.

Six mois, presque jour pour jour, sont passés depuis mon atterrissage sur le tarmac de l’aéroport d’Agadir. Je me suis installée à Casablanca après avoir –miraculeusement- trouvé un travail et un logement. Je ne sais pas si « miracle » est le bon mot, car pour en arriver là, c’était un vrai parcours du combattant. Il a fallu que je réapprenne à ne pas vivre en démocratie. Il a fallu que j’apprenne à devoir me taire quand il le faut, à devoir dire telle et telle chose quand il le faut et à ne pas faire certaines choses pour ne pas « brusquer » le pauvre concitoyen marocain aux mœurs fragiles.

Il a fallu que je me fasse à un nouveau mode de travail complétement désordonné, sans communication et à 100% hiérarchique. Un mode de travail où on n’a pas du tout besoin de ton avis, mais besoin juste que tu exécutes. Il a fallu que j’apprenne à apprécier traîner chez moi les weekends car il n’y a tellement rien à faire dehors. Oui, Casablanca est une grande ville, mais qu’est ce qu’elle est pauvre en divertissements et Dieu sait à quel point je ne suis pas le genre à passer mon weekend à me balader dans les centres commerciaux. Il a fallu aussi que je réapprenne à faire la sourde oreille quand on m’ harcèle dans la rue et à faire comme si je n’ai pas compris quand le boucher ou le vendeur de légumes me drague lourdement. J’ai aussi appris à abandonner l’idée d’espérer ne pas être observée. Mes voisins peuvent faire un rapport complet de mes entrées, sorties et visiteurs. J’ai appris et réappris beaucoup de choses en rentrant au Maroc, mais jamais Paris ne m’a autant manqué.

J’ai croisé beaucoup de gens qui comme moi ont dû rentrer de France et s’installer au Maroc et me disent qu’ils ont juste dû s’adapter. S’adapter. Je ne sais pas si le mot est bon, car devoir baisser ses standards et exigences pour s’aligner à une société schizophrène rongée par la médiocrité, pour moi, cela ne relève pas de la capacité de s’adapter mais de la capacité à faire accepter à soi-même de vivre dans une prison à ciel ouvert. D’ailleurs, j’en connais qui sont rentrés au Maroc et ont dû repartir car, comme me le dit une personne qui m’est très chère: « Rester au Maroc voulait dire que j’abandonne non seulement mon confort de vie mais aussi le confort de mon esprit. Il valait mieux partir. »

Ceci n’est pas un texte coup de gueule, mais un retour d’expérience. Une expérience qui m’a été imposée malheureusement, mais reste une bonne expérience. Je ne dis pas que je déconseille de retourner au Maroc. Je dis que retourner au Maroc en tant que jeune actif, n’est pas une bonne idée. Aujourd’hui, je suis de nouveau à la case départ : je suis au Maroc et je chercher à partir. Je ne souhaiterais surtout pas qu’on me chante les louanges de « la génération qui veut faire avancer le Maroc », car ça n’existe pas. Nous sommes une génération qui pense pouvoir sauver le Maroc de sa médiocrité mais cette médiocrité est imposée par toutes les figures d’autorité qui existe dans ce pays. Ça me fait mal de le dire, mais ce n’est pas un pays où la moitié de la population jeune est sans activité fixe et sans formation, qui va changer la donne,  et ce n’est pas au courant de ma vie que cela va changer.

 

Crédit photo : Soufyane Fares

Une petite tasse de thé qui se vide

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4 réflexions au sujet de « Retour au Maroc : Six mois après … »

  1. Bravo ma chérie i absoluetly love it, but you forgot to talk about those who live comfortably au bled et qui peuvent se permettre de vivre ailleurs mais non il préfèrent vivre dans le désordre la saleté et profiter de la misère des autres.

    1. Merci Fati ! Je suis consciente de l’existence de ces gens, mais si ils ont choisi de vivre ainsi, libre à eux. Au moins, ils peuvent assumer leur propre choix. Mais quand tu es obligé de rentrer en tant que jeune, en début de carrière, et que rien n’est disponible pour s’épanouir ni professionnellement ni personnellement … c’est un très long parcours de combattant qui s’annonce!

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