La bague au bon doigt …

Je me souviens d’un soir d’été très chaud lors de la coupe d’Europe, où j’étais restée sur le quai du Canal St-Martin avec mes deux copines, à ingurgiter des litres de citronnade à la menthe et avaler des tomates cerises. Aucune de nous n’était pressée de rentrer chez elle vu que c’était le weekend, mais aussi car le sujet était très attrayant. Nous parlions du processus du mariage. C’est vrai qu’après un match de foot, c’est toujours bon de tenir l’équilibre en parlant de sujets comme ça.

On va me dire que c’est le sujet dont les femmes parlent le plus, une fois qu’elles atteignent la vingtaine. Ceci-dit, nous en parlions d’une manière très critique, voire défaitiste. En tant que 3 jeunes femmes âgées entre 25 et 27 ans, célibataires, diplômées, cultivées, très actives et indépendantes (Rien que ça !), nos points de vue étaient presque pareils sur ce sujet. L’autre point commun, était que nous étions toutes les 3 étrangères et issues de sociétés conservatrices. Je peux vous certifier que la question du mariage est soulevée de presque la même façon chez les marocains, les algériens et les ivoiriens.

Lors de la discussion, nous nous sommes rendues compte que nos mères nous ont bien eu quand nous étions plus jeunes, à nous répéter « Il faut étudier pour décrocher un bon diplôme et travailler. Tu seras à jamais indépendante et tu n’auras besoin de personne. Personne ne viendra te casser la tête en te demandant de te chercher un mari pour vivre! ». C’est ça ! Nous nous sommes rendues compte que nous avons bien suivi les conseils de nos mères. Après le collège: « Ma fille, il te faut un bac avec une très bonne mention pour intégrer les grandes écoles! ». Après le bac: « Ma fille, il te faut un diplôme d’études supérieures pour pouvoir travailler! ». Après le diplôme: « Ma fille, il te faut trouver un bon travail pour préparer ton avenir! ». Après le travail: « Ma fille, il est temps pour toi de te marier! Tu as pris trop de temps! ». A la bonne heure ! En effet, le mariage est devenu un fait à accomplir à un moment précis du cycle de vie, tout comme avoir le bac à 18 ans, l’avoir à 22 ans est socialement mal vu. Et c’est ainsi partout, on subit une pression de se marier juste après avoir décroché un travail. Même chose du côté des hommes, il faut l’avouer. Il ne faut pas nous leurrer avec les études et le travail. Nous ne serons jamais libres de la problématique du mariage. Je ne connais aucune femme qui n’a pas été harcelée par sa famille au sujet du mariage à partir de sa vingtaine.

La question du mariage revient, car nous le savons, que malgré le fait d’être indépendante financièrement, nous serons à jamais dépendante du sentiment d’appartenance. Le choix d’un partenaire avec qui on choisit de s’unir pour la vie se lie obligatoirement et directement à la famille. Si cette dernière ne cautionne pas le choix de ce partenaire, ça ne se fera pas et même si on force pour que ça se fasse, la vie ne sera pas un long fleuve tranquille.

Beaucoup de gens disent que nous ne sommes plus à l’ère du Moyen- ge et que ces pratiques n’existent plus. Que les couples et les mariages aujourd’hui sont mixtes et que les parents n’interfèrent plus dans ces décisions. Essayons d’admettre que c’est vrai. Pensez-vous qu’il y’a beaucoup de couples dont le mariage réussit dans la situation où les familles des deux camps ne s’entendent pas ? Ces mariages-là ne durent pas, et même si c’est le cas, les deux partis se retrouvent à vivre un calvaire à vie, à force de devoir se supporter.

Le sentiment d’appartenance est l’un des principaux piliers de la pyramide de Maslow et l’individu humain a et aura toujours besoin de se sentir en symbiose et accepté au sein d’une communauté. Le choix d’un partenaire pour la vie chez une femme issue d’une famille conservatrice est donc lié à plusieurs caractéristiques et options, à savoir la religion, le niveau financier, l’origine, la culture et j’en passe. Ces critères ont évolué avec le temps. Auparavant, on pouvait se suffire uniquement à la religion et au niveau financier. Par la suite, plusieurs autres éléments sont apparus car les temps changent. Exemple : Comment espérer marier une fille qui vient d’une famille modeste, originaire du sud, très conservatrice et pratiquante à un homme issu d’un milieu très aisé, pas pratiquant, originaire d’une métropole et consommateur d’alcool ? Les chances que ce mariage aboutisse au long terme sont très minimes.

Je ne souhaiterais pas généraliser en faisant part de ces propos, mais la réalité se trouve ailleurs que dans les feuilletons et les films. Une fois devant le fait accompli, on se rend compte qu’il n’y a pas que les sentiments qui comptent dans ce genre d’union, mais bien d’autres choses plus concrètes et réelles. En général, ces dernières font leur apparition une fois que les enfants ont pointé leur nez.

Ma discussion avec les copines était beaucoup plus longue que cet article, car chacune a pu imaginer le processus dans toutes ses formes possibles au sein de sa propre famille. Il faut dire que c’était marrant et qu’on avait beaucoup rit, mais au fond de chacune de nous, il y’ avait l’appréhension de ce moment. La peur de ne pas réussir cette étape de la vie. La peur de décevoir ses proches. La peur de vivre malheureuse le reste de sa vie. La peur de devoir renier ses principes et valeurs pour plaire à la société.

Une petite tasse de thé sans sous-tasse

Vous aimez bien ce contenu... Partagez-le 😀 !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *